Un jour, peu avant de partir, K.
fut appelé au téléphone et invité à se rendre au parquet sur-le-champ. On le
mettait soigneusement en garde contre la tentation de désobéir. Les réflexions
inouïes auxquelles il se livrait, disant que les interrogatoires étaient
inutiles, n’avaient pas de résultat et n’en pouvaient avoir, qu’il ne s’y
rendrait plus, qu’il ne tiendrait plus compte d’aucune convocation par lettre
ou téléphone, et qu’il jetterait les messagers à la porte, tout cela avait été
enregistré et lui avait déjà beaucoup nui. Pourquoi cette indocilité ? Ne
s’évertuait-on pas à régler son affaire, une affaire si compliquée, sans jamais
regarder au temps, à la dépense ? Voulait-il contrarier ce travail de
gaieté de cœur et provoquer les mesures violentes qu’on lui avait épargnées
jusqu’ici ? La convocation de ce jour représentait une dernière tentative.
Qu’il en fît à sa tête, mais qu’il réfléchît bien que la haute justice ne
pouvait entendre raillerie.
K. avait promis à Elsa de lui
rendre visite ce soir-là et, ne fût-ce que pour cette raison, ne pouvait se
rendre au tribunal ; il fut heureux de pouvoir se justifier ainsi de ne
pas y aller, encore que cette justification ne dût jamais trouver son emploi,
et qu’il se fût sans doute également abstenu même s’il n’avait pas eu la
moindre obligation. Quoi qu’il en soit, fort de son droit, il demanda au
téléphone ce qui se produirait s’il ne venait pas. « On saura vous
trouver », lui fut-il répondu. « Et serai-je puni de n’être pas venu
de mon plein gré ? » demanda-t-il en souriant, curieux de ce qu’il
allait entendre. « Non », lui dit-on, « Parfait », dit K.,
« mais quelle raison aurais-je alors d’obéir à la convocation
d’aujourd’hui ? » « On n’aime pas en général provoquer les
mesures violentes de la justice » dit la voix qui devint plus faible et
s’éteignit. « Il est très imprudent au contraire de ne pas le
faire », pensa K. tout en s’en allant, « il faut essayer de savoir ce
que sont ces mesures violentes. »
Il se rendit chez Elsa sans une
hésitation. Confortablement rencogné dans la voiture, les mains dans les poches
de son manteau – il commençait déjà à faire froid – il regardait la rue
s’agiter à ses pieds. Ce n’était pas sans satisfaction qu’il se disait que le
tribunal, s’il était vraiment en fonction, lui devait en ce moment de sérieuses
difficultés. Il n’avait pas dit clairement s’il viendrait ou ne viendrait
pas ; le juge l’attendait donc, et peut-être toute une foule ; le
seul K. ne paraîtrait pas, pour la déception de la galerie. Sans se soucier de
la justice il se rendait où il voulait. Il se demanda un moment s’il n’avait
pas par distraction donné l’adresse du tribunal à son cocher et lui lança
bruyamment celle d’Elsa ; le cocher approuva de la tête : c’était
bien ce qu’on lui avait dit. À partir de ce moment-là, K. cessa petit à petit
de penser au tribunal, et l’idée de la banque se mit comme autrefois à
l’accaparer tout entier.
VISITE DE K. À SA MÈRE.
L’idée lui vint soudain à table, au
repas de midi, de rendre visite à sa mère. Le printemps tirait sur sa fin, de
sorte qu’il y avait trois ans qu’il ne l’avait vue. À cette époque-là, elle lui
avait demandé de venir pour son anniversaire ; il l’avait fait malgré bien
des difficultés et lui avait même promis de passer tous les ans ce jour-là
auprès d’elle ; il venait d’y manquer deux fois de suite. Pour se rattraper,
au lieu d’attendre la journée traditionnelle, ce qui n’eût pris pourtant que
quinze jours, il allait s’embarquer tout de suite. Il se disait bien qu’il n’y
avait pas de raison urgente ; au contraire, le cousin qui tenait un
commerce dans la petite ville de Mme K., et qui administrait l’argent que K.
envoyait à sa mère, en adressait de plus rassurantes que jamais (il en donnait
régulièrement tous les deux mois). La vue de Mme K. était bien près de
s’éteindre ; mais K. s’y attendait déjà depuis des années après ce qu’avaient
dit les médecins, et l’état général s’était amélioré ; divers
inconvénients de l’âge, loin de s’être aggravés, se trouvaient en
régression ; en tout cas elle s’en plaignait moins. Cela tenait, selon le
cousin, à ce que dans les dernières années K. en avait déjà observé les
symptômes au cours de son dernier passage avec un sentiment proche de la
répulsion, elle était devenue excessivement pieuse. Le cousin avait peint au
vif dans une lettre cette vieille femme, qui ne faisait jusqu’alors que se traîner
péniblement, sortant bravement à son bras pour aller le dimanche à l’église. Et
K. pouvait l’en croire ; le cousin était timoré et ses nouvelles
exagéraient plutôt le mauvais que le bon.
Quoi qu’il en fût, cette fois-ci,
sa décision était bien prise : il partirait ; il avait constaté
nouvellement chez lui, entre autres choses déplaisantes, une pitoyable et assez
molle tendance à céder à tous ses désirs : pour une fois sa mauvaise
habitude tournerait au profit du bien.
Il s’approcha de la fenêtre pour réunir
un peu ses idées, fit immédiatement desservir et envoya le domestique à Mme
Grubach pour aviser celle-ci de son départ et prendre une valise dans laquelle
elle mettrait ce qu’elle jugerait utile ; puis il donna quelques
instructions à M. Kühne pour la durée de son absence, sans se fâcher, cette
fois, ou à peine, de le voir, avec une grossièreté qui était déjà devenue
habitude, écouter ses discours la tête de côté, comme s’il savait fort bien ce
qu’il avait à faire et ne souffrît ces instructions qu’à titre de
formalité ; et pour finir il se rendit chez le directeur. Quand il
sollicita un congé de deux jours parce qu’il était obligé de voir sa mère, le
directeur lui demanda naturellement si Mme K. était malade : « Non,
dit K. sans plus s’expliquer, il se tenait debout au milieu de la pièce, les
mains croisées derrière le dos. Il réfléchissait, le front plissé. Ne
s’était-il pas trop hâté dans ses préparatifs de départ ? N’était-il pas
mieux de rester ? Qu’allait-il donc chercher là-bas ? Ne partait-il
pas par sensiblerie ? Ne risquait-il pas, par cette sensiblerie, de
manquer une affaire d’importance, de laisser passer une occasion d’intervenir,
qui pouvait se produire chaque jour, à toute heure, depuis des semaines,
maintenant que son procès semblait en veilleuse et qu’il n’en apprenait plus
rien ? Et, de plus, ne s’exposait-il pas à faire peur à sa vieille mère,
ce qu’il ne voulait pas, bien sûr, mais qui pouvait fort bien se produire
malgré lui, maintenant que tant de choses arrivaient de cette façon ? Sa
mère ne le réclamait pas. Autrefois les lettres du cousin étaient remplies de
ses invitations pressantes, mais ce n’était plus le cas depuis longtemps. Par
conséquent, ce n’était pas sa mère qui était la cause de son voyage, c’était
bien clair. Et si c’était quelque espoir personnel, K. était complètement fou
et il irait chercher là-bas, au bout du compte, le désespoir pour salaire de sa
folie. Mais, tout comme si ces doutes n’eussent pas été les siens, mais des
doutes que des étrangers eussent cherché à lui inspirer, il persista, se
réveillant littéralement, dans son intention de partir. Le directeur,
entre-temps – par hasard, ou plutôt par égard pour K. – s’était penché sur un
journal. Il releva les yeux, se leva, tendit la main à K. et, sans autre question,
lui souhaita bon voyage.
Ensuite K. attendit encore le
domestique en faisant les cent pas dans son bureau ; il éloigna par son
mutisme le directeur adjoint qui venait à tout instant se renseigner sur la
cause de ce voyage, et, dès qu’il fut en possession de sa valise, se hâta de
descendre pour prendre la voiture qu’il avait commandée d’avance. Il se
trouvait dans l’escalier lorsque surgit en haut à la dernière minute, tenant
une lettre commencée, l’employé Kullich qui, sans doute, désirait quelque explication.
K. lui fit de la main signe de s’en aller, mais, épais comme l’était ce grand
homme blond à grosse tête, il s’y méprit et se précipita derrière K. par une
série de bonds mortels. K. en conçut une telle irritation que, quand Kullich le
rattrapa sur le perron, il lui prit la lettre des mains et la déchira.
Lorsqu’il se retourna, ensuite, dans la voiture, Kullich, qui n’avait pas
encore compris sa faute, était toujours à la même place, regardant les chevaux
qui partaient, à côté du portier qui saluait très bas. K. restait donc l’un des
plus hauts employés de la banque ; s’il eût voulu le nier le portier l’eût
contredit. Sa mère le prenait même, quoi qu’il pût objecter, pour le directeur
en personne, et cela depuis des années… Dans son esprit à elle il ne baisserait
pas, quelques dommages que sa réputation eût déjà soufferts. Peut-être était-ce
bon signe que, juste avant de partir, il se fût persuadé qu’il pouvait encore
arracher une lettre des mains d’un employé dont les relations s’étendaient
jusqu’au tribunal, qu’il pût la déchirer sans excuse, sans en avoir les doigts
brûlés.
Rayé à partir d’ici.
… À vrai dire, il n’avait pu faire
ce qu’il aurait aimé le mieux : donner deux claques retentissantes sur les
grosses joues pâles de Kullich. D’autre part il est très bon, naturellement,
que K. haïsse Kullich, et non seulement Kullich, mais encore Rabensteiner et
Kaminer. Il croit qu’il les a toujours haïs ; c’est seulement quand ils
ont apparu dans la chambre de Mlle Bürstner qu’il a commencé à les remarquer,
mais sa haine date de plus vieux. Et dans les derniers temps K. souffre presque
de cette haine, car il ne peut l’assouvir ; comment avoir prise sur
eux ? Ce sont les employés du degré le plus bas, et les dernières des
nullités ; ils n’avanceront pas, sinon par la force de l’ancienneté, et,
même à l’ancienneté, plus lentement que tout autre, aussi est-il à peu près
impossible de leur mettre un bâton dans les roues ; nulle main étrangère
ne saurait élever sur leur route obstacle égal à la sottise de Kullich, la
paresse de Rabensteiner, la rampante servilité du répugnant Kaminer. La seule
chose que l’on pourrait entreprendre contre eux serait de provoquer leur
renvoi, ce serait même très facile, il suffirait de quelques mots de K. au
directeur, mais K. recule devant cette solution. Peut-être l’adopterait-il si
le directeur adjoint qui favorise ouvertement ou en secret tout ce que K.
déteste, devait intervenir pour eux, mais, fait étrange, il y a là exception,
le directeur adjoint, ici, veut comme K.
LE PROCUREUR[1].
Malgré la connaissance des hommes
et l’expérience du monde que K. s’était acquises par ses longues années de
banque, la société que formaient ses compagnons de table lui avait toujours
paru digne d’une extraordinaire considération, et il ne se dissimulait pas que
ce fût pour lui un grand honneur d’appartenir à une telle société. Elle se
composait presque exclusivement de juges, de procureurs et d’avocats ; on
y souffrait aussi quelques jeunes secrétaires des études ou du parquet, mais
ils étaient relégués au bas bout de la table et n’avaient le droit de se mêler
aux débats que directement interrogés. Ces interrogations, d’ailleurs,
n’avaient généralement pour but que d’amuser la société ; le procureur
Hasterer surtout, le voisin ordinaire de K., aimait à provoquer ainsi la
confusion de cette jeunesse. Dès qu’il plaquait au milieu de la table, avec les
cinq doigts écartés, sa grande main couverte de poils, tout le monde dressait
l’oreille. Et quand ensuite, au bout de la table, un des clercs essayait de
répondre, mais, ou n’avait même pas réussi à déchiffrer le sens de la question,
ou regardait pensivement dans sa bière, ou, au lieu de parler, agitait
seulement les mâchoires ou même – et c’était le pire – défendait un point de
vue ou faux ou non homologué dans un torrent inendiguable de paroles, les vieux
messieurs se détendaient sur leurs sièges et semblaient commencer à éprouver
enfin une vraie sensation de confort. Ils conservaient le monopole des propos
réellement techniques et sérieux.
K. avait été introduit dans cette
société par un avocat, le représentant juridique de la banque. Il y avait eu
toute une période pendant laquelle il s’était trouvé obligé de conférer au
bureau avec cet avocat jusqu’à une heure avancée de la soirée ; les circonstances
l’avaient ainsi amené à prendre son repas du soir à la table habituelle de son
interlocuteur et il avait pris plaisir à la compagnie qui s’y trouvait. Il n’y
voyait que des gens instruits, considérés, et puissants en un certain sens,
dont la distraction consistait à résoudre des problèmes ardus qui n’avaient que
des rapports lointains avec l’existence ordinaire et à s’y donner un grand mal.
S’il n’y pouvait intervenir que faiblement, il y trouvait la possibilité
d’apprendre un grand nombre de choses qui le serviraient tôt ou tard à la
banque, et de nouer avec le parquet ces relations personnelles qui sont
toujours utiles. La sympathie, d’ailleurs, paraissait réciproque. Il ne tarda
pas à être classé comme un homme expert en affaires et – même si la chose
n’alla pas sans quelque soupçon d’ironie – son opinion fit loi dans sa
spécialité. Il ne fut pas rare que deux des messieurs, jugeant différemment
d’un point de droit commercial, lui demandassent son avis sur la matière de la
cause, et que son nom revint alors dans les discours et les contre-discours,
qu’il figurât dans des quintessences de raisonnement que K. ne pouvait plus
suivre depuis longtemps. À vrai dire, petit à petit il s’ouvrit à beaucoup de
choses, et d’autant mieux qu’il avait en son voisin, le procureur Hasterer, un
excellent conseil qu’il fréquentait aussi sur le plan de l’amitié. Il le
raccompagnait assez souvent chez lui, mais il lui fallut très longtemps pour
s’habituer à se promener bras dessus bras dessous avec cet homme gigantesque qui
aurait pu le cacher dans son manteau sans que personne s’en aperçût.
Avec le temps cependant ils
finirent par se trouver sur un pied qui effaçait toute différence d’âge, de
métier et d’éducation. Ils se fréquentaient comme s’ils s’étaient connus de toujours,
et s’il arrivait par hasard que l’un des deux parût supérieur, ce n’était pas
Hasterer, mais K., son expérience pratique se laissant rarement réfuter, car
elle était directement puisée à des sources qu’on n’atteint pas du siège des
juges.
Cette amitié, naturellement, fut
vite connue de toute la table ; on ne se rappela plus guère qui avait
introduit K., c’était maintenant Hasterer qui le couvrait ; si le droit de
K. de s’asseoir là se heurtait un jour à un doute, il pourrait se réclamer hautement
d’Hasterer. Il en acquit une position singulièrement privilégiée, Hasterer
étant craint autant que respecté. Hasterer avait en effet un raisonnement
juridique d’une puissance et d’une souplesse prodigieuses, encore que nombre de
ces messieurs ne lui fussent pas inférieurs sur ce point, mais surtout nul ne
l’égalait pour la violence avec laquelle il défendait son opinion. K. avait
l’impression que si Hasterer ne pouvait convaincre l’adversaire, il
l’épouvantait tout au moins ; dès qu’il tendait l’index, beaucoup
reculaient déjà. Il semblait que l’adversaire ne sût plus qu’il était avec des
collègues, de bons amis, qu’il ne s’agissait que de théorie, et que rien, de
toute façon, ne pouvait lui arriver ; il perdait l’usage de la voix et
rien que pour secouer la tête il lui fallait déjà du cran. Quand l’adversaire
était assis très loin, c’était un pénible spectacle, et Hasterer reconnaissait
que nulle entente n’était possible à cette distance si, par exemple, il
repoussait son assiette pleine et se levait lentement pour aller chercher
l’homme. Ses voisins, dans ces occasions, se penchaient en arrière pour
observer ses traits. Ce n’étaient d’ailleurs que des incidents relativement
rares ; il ne pouvait guère s’enflammer qu’à propos de questions
juridiques, et surtout celles qui touchaient des procès dirigés par lui. S’il
s’agissait de toute autre chose il était calme et amical, son rire aimable, et
sa passion allait au boire et au manger. Il arrivait même qu’il n’écoutât pas
ce qui se disait, se tournât vers K., un bras sur le dossier de sa chaise, et
l’interrogeât sur la banque, puis se mît à parler de son propre travail ou des
dames de sa connaissance qui lui donnaient presque autant de besogne que le
tribunal. On ne le voyait causer ainsi avec nul autre de ces messieurs, et bien
souvent, quand on avait une prière à lui adresser – en général c’était en vue
d’organiser une réconciliation avec quelque confrère – on venait d’abord
trouver K. et lui demander de s’entremettre, ce qu’il faisait toujours
volontiers et avec un facile succès. D’ailleurs il n’abusait jamais de ses
relations avec Hasterer ; extrêmement poli, modeste avec tout le monde, il
avait l’art, plus important encore que politesse et modestie, de discerner très
justement toutes les nuances dans la hiérarchie de ces messieurs et de traiter
chacun selon son rang. À vrai dire, Hasterer ne cessait de l’y former ; ce
code secret de la hiérarchie était le seul dont il ne violât pas les lois dans
l’emportement des pires disputes. Et c’est pourquoi il ne s’adressait jamais
aux jeunes messieurs du bas bout qui étaient encore presque sans grade – que
d’une façon générale, non comme à des individus mais comme à un bloc d’un seul
tenant. Or, c’étaient justement ceux-là qui lui rendaient le plus d’honneurs,
et quand il se levait, à onze heures, pour rentrer à son domicile, il s’en
trouvait toujours quelqu’un de déjà prêt pour l’aider à mettre son lourd
manteau, et un autre qui ouvrait la porte avec une profonde révérence, et
continuait, évidemment, pour K quand K. quittait la salle à la suite
d’Hasterer.
Les premiers temps, K. n’allait
qu’un instant dans la direction d’Hasterer, ou Hasterer dans celle de K., mais
par la suite, en règle générale, Hasterer invita K., à la fin de ces soirées, à
venir chez lui un moment. Ils y passaient encore une heure à fumer des cigares
en face d’un verre de schnaps. Hasterer prenait tant de plaisir à ces soirées
qu’il ne voulut même pas y renoncer pendant les quelques semaines où habita
chez lui un personnage féminin du nom d’Hélène. C’était une grosse femme sur le
retour, à peau jaunâtre, avec des boucles brunes qui frisottaient autour du
front. K. ne la vit d’abord qu’au lit ; elle s’y tenait couchée sans
vergogne, occupée à lire en général un de ces romans qui se publient par
fascicules, et ne s’inquiétait en rien de la conversation. C’était seulement
quand il se faisait tard qu’elle s’étirait, bâillait et, si elle ne pouvait
attirer autrement l’attention, lançait sur Hasterer un de ses fascicules.
Hasterer se levait alors en souriant et K. prenait congé.
Par la suite, à vrai dire, lorsque
Hasterer commença à se fatiguer de cette Hélène, elle troubla sensiblement les
réunions. Elle attendait les deux messieurs en grande tenue, une tenue,
généralement, qu’elle trouvait sans doute à la fois très luxueuse et très
seyante, mais qui était en réalité une vieille robe de bal surchargée de
fioritures, et qui frappait surtout désagréablement par plusieurs étages de
longues franges dont elle s’entourait à titre ornemental. K. ignorait l’aspect
exact de cette toilette ; il refusait pour ainsi dire de regarder, restant
assis pendant des heures, les yeux baissés, tandis qu’Hélène se promenait dans
la chambre en se balançant sur les hanches, ou s’asseyait à côté de lui,
essayant même, lorsque sa position devint de plus en plus intenable, essayant
en une telle urgence, de rendre Hasterer jaloux de lui par une préférence
marquée. Ce n’était qu’urgence, non méchanceté, si elle s’appuyait sur la table
en dévoilant un dos gras et dodu et si elle rapprochait son visage de K. pour
l’obliger à lever les yeux. Elle n’obtint d’autre résultat que d’empêcher K.
d’accepter désormais les invitations d’Hasterer ; lorsqu’il revint quand
même, au bout de quelque temps, Hélène était à jamais congédiée ; K. prit
la chose comme allant de soi. Ils prolongèrent longtemps la soirée ce jour-là,
et fraternisèrent solennellement sur l’initiative d’Hasterer, si bien que sur
le chemin du retour, K. se sentait un peu étourdi par la boisson et la fumée.
Le lendemain matin, à la banque, le
directeur, au cours d’un entretien d’affaires, fit la remarque qu’il croyait
avoir vu K. la veille au soir. S’il ne s’était pas trompé, K. se promenait bras
dessus bras dessous avec le procureur Hasterer. Le directeur semblait trouver
cela si curieux qu’il nomma même – c’était d’ailleurs dans le ton de sa
précision habituelle – l’église sur le côté de laquelle, près de la fontaine,
cette rencontre avait eu lieu. S’il eût voulu raconter un mirage, il n’aurait
pu s’exprimer autrement. K. lui expliqua que le procureur était en effet de ses
amis et qu’ils avaient passé la veille devant l’église. Le directeur sourit
avec étonnement et pria K. de prendre un siège. C’était là l’un de ces instants
à cause desquels K. aimait le directeur, un de ces instants pendant lesquels,
chez cet homme faible, malade, toussotant, surchargé de besognes et des plus
graves responsabilités, se faisait jour un certain souci du bonheur et de
l’avenir de K., souci qu’on pouvait à vrai dire qualifier de froid et de
superficiel, selon l’expression de certains employés qui avaient fait la même
expérience dans le bureau du directeur ; sans doute n’était-ce qu’un moyen
de s’attacher, pour des années, au prix de deux minutes, des auxiliaires
précieux. Quoi qu’il en fût, dans ces instants, K. était vaincu par le
directeur. Peut-être aussi le directeur parlait-il avec K. un peu autrement
qu’avec les autres ; non qu’il parût faire abstraction de la supériorité
de son rang pour se mettre sur le pied de K. – cela, c’était plutôt le ton
courant de ses relations dans le travail – non, cette fois, c’était la
situation de K. qu’il semblait avoir oubliée pour parler avec lui comme avec un
enfant ou comme avec un jeune homme ignorant qui cherche à obtenir un poste
pour la première fois de sa vie et qui a provoqué on ne sait trop comment la
sympathie de son directeur.
K. n’eût sans doute souffert ce ton
ni du directeur ni d’un autre, s’il n’y avait senti vraiment la manifestation
d’une sollicitude ou si, du moins, la possibilité d’une sollicitude du genre de
celle qui lui apparaissait au cours de semblables instants ne l’eût séduit et
comme envoûté. Il reconnaissait sa faiblesse ; peut-être venait-elle de ce
qu’il y avait en lui d’enfantin à cet égard-là car il n’avait jamais connu la
sollicitude d’un père (le sien étant mort bien trop jeune), il était parti de
chez lui très tôt et avait toujours repoussé plutôt que provoqué la tendresse
de sa mère qu’il n’avait pas vue depuis deux ans et qui habitait toujours
là-bas, à demi aveugle maintenant, dans sa petite ville.
« Je ne savais rien de cette
amitié », dit le directeur, et l’amabilité d’un léger sourire adoucit
seule la sévérité de ces mots.
LA MAISON.
Sans lier d’intention précise à la
question qu’il se posait, K., à diverses occasions, avait cherché à savoir où
se trouvait le siège du service d’où lui était venue la première citation. Il
l’apprit sans difficulté. Titorelli aussi bien que Wolfahrt lui dirent du
premier coup le numéro de la maison. Par la suite, Titorelli compléta le
renseignement avec le sourire réservé aux projets secrets qu’on oubliait de
soumettre à son appréciation, en expliquant que ce service n’avait pas la
moindre importance, que son seul rôle était de transmettre, et qu’il n’était
que l’organe le plus superficiel de la Haute-Chambre des mises en accusation
qui, elle, était inabordable. Si donc on désirait quelque chose de cette
Chambre – on désirait toujours mille choses, mais il était souvent plus sage de
ne pas le dire – il fallait s’adresser, bien sûr, au service inférieur dont
nous venons de parler, mais on n’arriverait jamais soi-même jusqu’à la Chambre
et on ne pourrait jamais non plus lui faire parvenir sa requête.
K. connaissait déjà la nature du
peintre, aussi ne le contredit-il pas et ne lui demanda-t-il pas d’autres
explications ; il se contenta d’opiner du bonnet et d’enregistrer ses
paroles. Il lui sembla, comme assez souvent les derniers temps, que Titorelli
remplaçait largement l’avocat en matière de tracasserie. La seule différence
était que K. dépendait moins de lui et pouvait l’envoyer promener quand il
voulait ; que Titorelli était extrêmement loquace, voire bavard, encore
qu’il lui fût arrivé de l’être davantage ; et qu’enfin K., de son côté,
pouvait le tourmenter fort bien.
Ce fut ce qu’il fit, parlant de la
maison du ton d’un homme qui en sait plus long qu’il n’en veut dire, comme s’il
y avait déjà noué des relations, mais que l’affaire ne fût pas assez mûre pour
qu’on l’éventât sans danger, puis, quand Titorelli le pressait de questions,
détournant la conversation et n’y revenant plus de longtemps. Ces petits succès
lui faisaient plaisir ; il y puisait l’idée que maintenant il comprenait
bien mieux les gens de l’entourage de la justice, qu’il pouvait jouer avec eux,
s’insinuait presque dans leurs rangs, acquérait, tout au moins pendant quelques
instants, ce point de vue supérieur d’où ils voyaient les choses, les
découvrant, pour ainsi dire, du haut de la première marche de l’escalier du
tribunal sur laquelle ils étaient juchés. Qu’importait qu’il perdît sa place au
bout du compte à l’endroit (en bas) où il était ? Une chance de salut
resterait encore là-haut ; il n’y avait qu’à se glisser parmi ces
gens ; s’ils n’avaient pu l’aider dans son procès, par manque de poids ou
pour toute autre raison, ils pouvaient du moins l’accueillir et le
cacher ; il ne leur était même pas possible, si K. réfléchissait à tout et
opérait secrètement, de refuser de l’aider ainsi, surtout Titorelli dont il
était devenu un intime et un bienfaiteur.
K. ne se berçait pas chaque jour de
tels espoirs ; en général il distinguait encore très bien et se gardait de
négliger ou de se dissimuler la moindre difficulté, mais parfois – dans la
prostration qui l’accablait le soir après le travail – il cherchait un
encouragement dans le plus mince et, qui plus est, le plus équivoque incident
de la journée. Couché alors en général sur le divan de son bureau – il ne
pouvait plus quitter le bureau sans s’être reposé une heure sur le divan – il
opérait le montage de ses observations. Il ne les limitait pas scrupuleusement
aux gens qui avaient des liens avec le tribunal, son demi-sommeil mêlait tout
le monde ; il oubliait l’immense travail qu’avait à fournir la justice, il
lui semblait qu’il était le seul accusé et que tous les autres, pêle-mêle,
allaient et venaient comme les employés et les juristes dans les couloirs d’un
tribunal ; les plus obtus avaient eux-mêmes le menton contre la poitrine,
les lèvres retroussées et le fixe regard de la réflexion qui médite sur de
lourdes responsabilités. Les locataires de Mme Grubach ne cessaient de revenir
à part, en groupe compact, les têtes se touchant et la bouche grande ouverte,
comme le chœur de l’accusation. Parmi eux beaucoup d’inconnus, car il y avait
déjà longtemps que K. ne se souciait plus du tout des affaires de la pension.
À cause de tous ces inconnus, il ne
pouvait s’occuper du groupe sans malaise ; et il devait pourtant le faire
quand il y cherchait Mlle Bürstner. Ayant promené son regard sur ces gens, il
avait vu soudain briller deux yeux qu’il ne connaissait pas et qui avaient
retenu son attention. Il n’avait pas trouvé alors Mlle Bürstner, mais quand il
revint à la charge afin d’éviter toute erreur, il l’aperçut au beau milieu du
groupe, les bras passés derrière deux messieurs qui se tenaient à ses côtés.
Cela l’impressionna très peu, d’autant moins que cette image n’avait rien de
neuf pour lui : c’était le souvenir ineffaçable de la photo d’une scène de
plage qu’il avait vue une fois chez Mlle Bürstner. Quoi qu’il en fût, ce
tableau éloigna K. du groupe, et, quitte à y revenir encore assez souvent, il
se mit à parcourir à grands pas le bâtiment du tribunal dans tous les sens. Il
en connaissait toujours à fond toutes les pièces ; des couloirs perdus,
qu’il n’avait jamais pu voir, lui semblaient familiers comme s’il y avait passé
sa vie, et de nouveaux détails s’imprimaient sans cesse dans son cerveau avec
la plus douloureuse netteté ; par exemple cet étranger qui se promenait
dans une antichambre : il était vêtu en toréador, la taille dégagée comme
au couteau ; son petit boléro, court et raide, était fait de dentelles
jaunâtres en gros fil, et l’homme, sans cesser un instant sa promenade, ne
cessait de s’offrir à l’étonnement de K. K. tournait tout autour de lui, le
buste penché en avant, et le regardait avec des yeux écarquillés. Il
connaissait tous les dessins de la dentelle, toutes les franges qui avaient un
défaut, tous les mouvements du boléro, et pourtant ses regards ne s’en
rassasiaient pas. Ou plutôt ils étaient rassasiés depuis longtemps ou, plus
exactement encore, il n’avait jamais voulu regarder, mais il ne pouvait s’en
empêcher. Que de mascarades l’étranger nous présente ! pensait-il en
ouvrant des yeux encore plus grands. Et il resta à la suite de cet homme
jusqu’au moment où il se retourna et plongea son visage dans le cuir du divan.
Biffé à partir d’ici.
Il demeura longtemps dans cette
position, et cette fois se reposa entièrement. Il continuait à réfléchir sans
doute, mais dans le noir, et sans que rien le dérangeât. C’est à Titorelli
qu’il aimait le mieux penser. Titorelli était assis sur un siège ; K. se
tenait à genoux devant lui, il lui passait la main sur les bras et le cajolait
de mille façons. Titorelli savait où K. voulait en venir, mais faisait comme
s’il l’ignorait, ce qui tourmentait un peu K. Mais K. savait de son côté qu’en
fin de compte il obtiendrait tout ce qu’il voudrait : Titorelli était un
caractère léger, un être facile à gagner auquel manquait le sens exact du
devoir, et il était même incroyable que la justice se fût commise avec cet homme.
Si la cuirasse avait un défaut quelque part, il était là, K. le comprit, Il ne
se laissa pas égarer par le rire effronté que Titorelli, la tête haute,
adressait à la cantonade ; il maintint sa demande et s’aventura jusqu’à
caresser les joues de Titorelli. Il n’y mettait nulle passion excessive mais
plutôt quelque négligence ; étant sûr de gagner, il faisait durer le
plaisir. Qu’il était simple de duper le tribunal ! Titorelli, comme s’il
eût obéi à une loi de la nature, finit enfin par se pencher vers K., et ferma
lentement les yeux avec une expression d’amitié pour lui montrer qu’il était
prêt à accéder à sa demande ; il lui tendit la main et prit vigoureusement
celle que K. mit dans la sienne. K. se leva un peu ému, il sentait
naturellement la solennité de la minute, mais Titorelli n’admettait plus la
solennité ; lui passant le bras derrière le dos, il l’entraînait à toute
allure. En un instant ils furent au tribunal ; ils y sautaient les marches
quatre à quatre, non seulement grimpant mais dévalant aussi, volant du bas en
haut, comme du haut en bas, sans nul effort, légers tel un esquif sur l’onde.
Et au moment précis où K. regardait ses pieds et en venait à la conclusion que
cette belle façon de se mouvoir ne pouvait plus appartenir à la basse existence
qu’il menait jusqu’alors, juste à ce moment, au-dessus de sa tête penchée,
s’opéra la métamorphose. La lumière qui, l’instant d’avant, arrivait encore de
derrière, changea et tout à coup arriva de devant : une cataracte
éblouissante de lumière. K. leva les yeux, Titorelli lui adressa un signe de
tête et lui fit tourner les talons. K. se retrouva dans le corridor du
tribunal, mais tout y était plus tranquille et plus simple. Nul détail
singulier n’y frappait plus les yeux ; il embrassa tout d’un regard, se
dégagea de Titorelli et alla son chemin. Il portait ce jour-là un costume neuf,
un long vêtement de couleur foncée, voluptueusement léger et chaud. Il savait
ce qui lui était arrivé, mais il en était si heureux qu’il ne voulait pas se
l’avouer encore. Dans un angle du corridor, où de grandes fenêtres étaient
ouvertes d’un côté, il trouva sur un tas ses anciens vêtements, sa jaquette
noire, son pantalon aux raies cérémonieuses, et là-dessus, étalée, sa chemise
aux bras tremblants.
COMBAT AVEC LE DIRECTEUR ADJOINT.
Un matin, K. se sentit plus frais
et plus résistant que d’ordinaire. Ce fut à peine s’il songea au
tribunal ; mais quand l’idée lui en vint, il lui sembla soudain qu’il
pourrait facilement saisir cette immense organisation dont l’œil n’eût pu embrasser
les limites, par quelque endroit évidemment pas très visible qu’il fallait
commencer par trouver à tâtons, et qu’ensuite il arracherait le tout et le
mettrait aisément en pièces. Dans cet état extraordinaire, il céda à la
tentation d’inviter le directeur adjoint à venir conférer avec lui, dans son
bureau, d’une affaire de service qui pressait depuis quelque temps. Dans ces
occasions-là, le directeur adjoint faisait toujours comme si ses rapports avec
K. ne s’étaient modifiés en rien depuis quelques mois.
Il vint aussi paisiblement qu’aux
temps anciens de l’émulation quotidienne, écouta posément les explications de
K., manifesta son intérêt par de petites remarques familières, sur le ton de la
camaraderie, et ne troubla K. que par le fait – mais fallait-il nécessairement
y découvrir une intention ? – que rien ne le détourna de la question
essentielle et qu’il s’ouvrit jusqu’au fond de l’âme à ce problème
professionnel, alors que les pensées de K., en face de ce modèle du devoir, se
mirent à voltiger aussitôt en tout sens, l’obligeant à abandonner presque sans
aucune résistance l’affaire au directeur adjoint. À un moment ce fut si sérieux
que K. ne s’en rendit compte qu’en voyant son interlocuteur se lever et
retourner à son bureau sans mot dire. Il ne sut ce qui était arrivé ; il
se pouvait que la discussion fût parvenue normalement à son terme, il se
pouvait tout aussi bien que le directeur adjoint eût brisé subitement parce que
K. l’avait froissé sans s’en douter ou avait dit quelque sottise, ou parce que
le directeur adjoint s’était parfaitement rendu compte que K. n’écoutait pas et
pensait à autre chose. Il se pouvait même, qui plus est, que K. eût pris une
décision ridicule ou que le directeur adjoint lui en eût extorqué une telle et
qu’il la fît exécuter en ce moment en toute hâte pour nuire à K.
On ne revint d’ailleurs pas sur
l’affaire ; K. ne voulut pas la réchauffer et le directeur adjoint n’en
lâcha plus un mot ; d’ailleurs on n’en perçut nulle conséquence visible.
De toute façon K. n’avait pas été
effrayé par l’incident ; dès que l’occasion s’en présentait et qu’il se
sentait la moindre force il était déjà à la porte du directeur adjoint pour lui
rendre visite ou lui demander de venir. Ce n’était plus le moment de se cacher
de lui comme il le faisait autrefois. Il n’espérait plus de succès rapide et
décisif qui le délivrât d’un seul coup de tout souci et rétablît
automatiquement les relations sur leur ancien pied. K. se rendait compte qu’il
ne fallait pas lâcher ; s’il reculait, comme l’exigeaient peut-être les
circonstances, il risquait de ne plus pouvoir avancer. Il ne fallait pas
permettre au directeur adjoint de se figurer que K. était fini ; le
directeur adjoint n’avait pas le droit de rester tranquille dans son bureau
avec cette imagination, il fallait l’y inquiéter. Il fallait qu’il apprît le
plus souvent possible que K. vivait et que, comme tout ce qui vit, et quelque
inoffensif qu’il semblât aujourd’hui, il pouvait vous surprendre un jour par de
nouvelles facultés. K. se disait bien parfois qu’avec cette méthode il ne
combattait que pour l’honneur, car il n’avait nul bénéfice à retirer de
s’opposer constamment au directeur adjoint dans l’état de faiblesse où il
était ; cela ne le menait qu’à confirmer l’ennemi dans le sentiment de sa force,
à lui fournir la possibilité de faire des observations et de prendre des
mesures selon les circonstances du moment. Mais K. n’aurait pas pu changer son
attitude ; dominé par des illusions, il éprouvait assez souvent la
conviction que c’était précisément maintenant qu’il pouvait se mesurer sans
crainte avec le directeur adjoint ; les pires expériences ne lui
enseignaient rien ; dix fois vaincu il pensait gagner à la onzième, bien
que tout tournât régulièrement à sa confusion. Quand il revenait épuisé de telles
rencontres, en sueur et la tête vide, il ne savait si c’était l’espoir ou le
désespoir qui l’avait poussé au combat ; la fois suivante, ce n’était plus
de nouveau que l’espoir, l’espoir total, qui l’emportait à tire-d’aile devant
le bureau du directeur adjoint.
À partir d’ici : rayé
jusqu’aux mots :
« …obtenir de lui des missions
particulières. »
Ce matin-là, l’espoir se montra
particulièrement justifié. Le directeur adjoint étant entré lentement, avait
porté la main à son front et s’était plaint de maux de tête. K., qui avait
voulu d’abord répondre un mot à ce sujet, réfléchit et se lança tout de suite
dans les détails professionnels sans tenir aucun compte des maux de tête. Mais,
soit que ces maux de tête ne fussent pas très violents, soit que l’intérêt de
la chose les eût chassés pour quelque temps, le directeur adjoint, au cours de
l’entretien, cessa de se tenir le front et répondit, comme toujours, avec une
promptitude brillante, quasi sans réflexion, comme un élève modèle qui, les
questions à peine posées, répond déjà, K., cette fois-là, se montra de force à
faire face et marqua des points plusieurs fois, mais l’idée des maux de tête du
directeur adjoint ne cessait de lui causer une gêne, comme s’ils eussent été
non pas un handicap mais au contraire un avantage, une supériorité de l’ennemi.
Ah ! que le directeur adjoint les supportait avec grâce ! qu’il les
dominait brillamment ! Il lui arrivait de sourire sans que ses paroles y
fussent pour rien, comme s’il se glorifiait d’avoir des maux de tête mais de
n’en être en rien gêné dans le fonctionnement de sa pensée. On parlait de tout
autre chose, et en même temps se déroulait une conversation muette dans
laquelle le directeur adjoint ne niait certes pas la violence de ses maux de
tête, mais ne cessait de rappeler que c’étaient des maux de tête parfaitement
innocents, par conséquent tout différents de ceux dont K. souffrait
ordinairement. Et K. avait beau contredire, la façon dont le directeur adjoint
venait à bout de ses maux de tête le réfutait. Mais en même temps elle lui
fournissait un exemple. Il pouvait lui aussi se fermer aux soucis qui n’étaient
pas de sa profession. Il suffisait de se tenir à la tâche plus strictement
encore que d’habitude, d’organiser une tâche nouvelle qui réclamerait des soins
constants, de resserrer par des visites et des voyages des relations un peu
relâchées avec le monde des affaires, d’écrire au directeur des rapports plus
fréquents et de chercher à obtenir de lui des missions particulières.
C’était ainsi ce jour-là. Le directeur
adjoint entra immédiatement, et resta debout près de la porte, essuya son
lorgnon – une nouvelle habitude – regarda K. puis, pour ne pas s’occuper de lui
de trop ostensible façon, examina aussi la pièce tout entière avec un peu plus
d’attention. On aurait dit qu’il profitait de l’occasion pour mesurer son
acuité visuelle. K. résista à ses regards ; il esquissa même un sourire et
l’invita à prendre place. De son côté il se jeta dans son fauteuil, le
rapprocha le plus possible du siège du directeur adjoint, prit les papiers
qu’il lui fallait sur son bureau et commença son rapport. Le directeur adjoint,
d’abord, parut à peine prêter l’oreille. Le bureau de K. était bordé d’une
petite balustrade sculptée. Le meuble était d’un travail parfait et la balustrade
tenait solidement dans le bois. Mais le directeur adjoint faisait comme s’il
venait de découvrir une partie moins bien encastrée et cherchait à y remédier
en commençant par tapoter avec l’index pour détacher la balustrade K. fit donc
mine d’interrompre son rapport, ce que le directeur adjoint ne souffrit pas,
car, dit-il, il entendait tout, comprenait tout et ne laissait rien échapper.
Mais, tandis que K. ne pouvait lui arracher nulle observation objective, la
balustrade semblait demander des mesures particulières, car le directeur
adjoint ayant sorti son canif, prenait maintenant la règle de K. comme levier
et essayait de soulever la balustrade, pour pouvoir vraisemblablement la
replanter ensuite plus profond. K. avait introduit dans son rapport une proposition
d’un genre tout nouveau dont il se promettait beaucoup d’effet sur le directeur
adjoint ; en y arrivant dans sa lecture, il ne put s’imposer une pose,
tant son propre travail le prit, ou plutôt, tant il fut heureux de retrouver à
sa lecture la conscience de plus en plus rare qu’il signifiait encore quelque
chose à la banque et que ses pensées avaient la force de le justifier.
Peut-être même cette façon de se défendre était-elle la meilleure non seulement
à la banque mais devant le tribunal, bien meilleure que toutes celles qu’il
avait essayées ou qu’il projetait d’adopter.
Dans la hâte de son discours K.
n’avait pas pu trouver le temps d’inviter formellement le directeur adjoint à
se détourner de son travail sur la balustrade ; deux ou trois fois seulement,
sans cesser sa lecture, il avait promené sa main libre au-dessus de l’objet
dans un geste apaisant, pour montrer, presque à son insu, que cette balustrade
n’avait aucun défaut et que, même si elle en avait, écouter en ce moment était
plus important, plus convenable aussi, que toute réparation du bureau. Mais,
comme il arrive souvent aux gens vifs dont le travail n’occupe que le cerveau,
cet ouvrage manuel avait enflammé l’ardeur du directeur adjoint ; toute
une partie de la balustrade était effectivement soulevée, et il s’agissait
maintenant de faire rentrer les colonnettes dans les trous qui correspondaient.
C’était le plus dur. Le directeur adjoint fut obligé de se lever et d’essayer
avec les deux mains d’enfoncer la balustrade dans la table. Mais il eut beau y
employer toute sa force l’opération ne réussit pas. K., qui lisait, et coupait
sa lecture d’un grand nombre de commentaires, ne s’était que vaguement rendu
compte que le directeur adjoint venait de se lever. Encore qu’il n’eût jamais
perdu de vue le travail accessoire de son interlocuteur, il avait pensé que son
geste devait trouver quelque motif dans le rapport, et s’était levé à son tour,
tendant le papier, le doigt sous un chiffre, à son rival. Mais le directeur
adjoint venait de se rendre compte que les mains ne suffisaient pas, et,
prenant une prompte décision, s’asseyait de tout son poids sur la petite
balustrade. Cette fois ce fut un succès ; les colonnettes entrèrent en
grinçant dans leurs trous, mais l’une d’elles fut fracturée dans l’impétuosité
du choc, et la fragile moulure du haut se cassa en deux à un endroit.
« Mauvais bois » dit,
vexé, le directeur adjoint.
FRAGMENT[2]
Une pluie fine tombait quand ils
quittèrent le théâtre. Déjà fatigué par la pièce et sa mauvaise représentation,
K. se sentit complètement abattu à l’idée qu’il devrait encore héberger
l’oncle. Il tenait beaucoup, ce jour-là justement, à s’entretenir avec F.
B. ; une occasion de la rencontrer se serait peut-être présentée, et si
l’oncle était là ce serait impossible. Il y avait bien encore un train de nuit
qu’il eût pu prendre, mais le décider à partir le soir même, quand le procès de
son neveu le préoccupait tellement, il ne fallait pas y songer. Malgré son peu
d’espoir, il essaya pourtant :
– Mon oncle, dit-il, je crains
vraiment d’avoir bientôt besoin de ton aide. Je ne vois pas encore exactement
en quoi, mais ce sera sûrement nécessaire.
– Tu peux compter sur moi, répondit
l’oncle. Au fond, je ne cesse de songer à la façon dont on pourrait t’aider.
– Tu es bien toujours le même, dit
K. ; mais je ne voudrais pas indisposer ma tante quand je te demanderai de
revenir.
– Ton affaire, dit l’oncle, a bien
plus d’importance que ces petits désagréments.
– Je ne suis pas de ton avis, dit
K. Quoi qu’il en soit, je ne veux pas t’enlever à ma tante sans nécessité, et
je prévois que j’aurai besoin de toi les jours prochains ; en attendant,
ne veux-tu pas rentrer ?
– Demain ?
– Oui, demain, dit K. Ou même
maintenant. Par le train de nuit. Ce serait plus pratique.
II
PASSAGES SUPPRIMÉS PAR L’AUTEUR
[1] Passage supprimé par l’auteur –
en page 15 : « L’interrogatoire, pensa K., semble se limiter à des
regards. Il faut le laisser faire un moment. Si seulement je savais quelle est
l’autorité qui peut remuer tant de monde pour moi, c’est-à-dire pour une
affaire dont rien ne peut sortir pour les autorités. Car c’est déjà remuer du
monde que d’organiser ce qui se passe ici ! Trois personnes mobilisées
pour moi, deux chambres de particuliers mises sens dessus dessous, et, dans le
coin, encore, trois jeunes gens qui regardent les photos de Mlle
Bürstner ! »
[2] Passage supprimé par l’auteur –
en page 16 : Quelqu’un m’a dit – je ne sais plus qui c’était – qu’il est
tout de même étrange qu’en se réveillant le matin on retrouve tout, du moins en
général, exactement à la même place que la veille. On a été pourtant, dans le
sommeil et dans le rêve, dans un état tout différent de celui de l’homme
éveillé, et il faut, comme cet homme le disait justement, une présence d’esprit
infinie, un sens étonnant de la riposte, pour situer tout ce qui est là, dès
qu’on ouvre les yeux, à la même place que la veille. Aussi expliquait-il que le
moment du réveil est le plus risqué de la journée et qu’une fois ce moment surmonté
sans qu’on ait été changé de place, on n’avait plus à s’inquiéter le reste du
jour.
[3] Passage supprimé par l’auteur –
en page 17 : Vous savez bien que les subordonnés en savent toujours plus
long que le chef.
[4] Passage supprimé par l’auteur –
en page 24 : L’idée qu’il risquait de cette façon de leur faciliter sur
lui-même une besogne d’observation dont ils pouvaient être chargés, lui
semblait tellement ridicule, tellement chimérique, qu’il mit le front dans ses
mains et demeura ainsi pendant quelques minutes avant de revenir à lui.
« Encore quelques idées de ce genre, se dit-il, et tu fais un fou
achevé. » Mais après cela il n’en éleva que plus fort sa voix qui était un
peu stridente.
[5] Passage supprimé par l’auteur –
en page 30 : Devant la maison un militaire allait et venait du pas bruyant
et régulier des sentinelles. Il y avait donc aussi, maintenant, un homme de
garde devant l’immeuble. K. dut se pencher fortement pour le voir, car le
soldat se tenait près du mur. « Hep là-bas ! » cria-t-il, mais
non pas assez fort pour que le soldat pût l’entendre. Il apparut d’ailleurs
bientôt que le soldat n’attendait qu’une bonne qui était allée en face lui
chercher de la bière : la silhouette de cette femme se découpa sur le pas
de la porte dans un rectangle lumineux. K. se demanda si l’idée que le
factionnaire fût là pour lui ne lui avait qu’effleuré l’esprit ; il ne sut
qu’en penser.
[6] Passage supprimé par l’auteur –
en page 36 : « Vous êtes un homme insupportable, on ne sait pas si
vous plaisantez ou si vous parlez sérieusement. » « Ce n’est pas tout
à fait inexact », dit K. tout au plaisir de bavarder avec une jolie fille,
« ce n’est pas tout à fait inexact ; je manque de sérieux, aussi
suis-je obligé de chercher à me débrouiller avec la plaisanterie, et pour le
plaisant et pour le sérieux. Mais, arrêté, je l’ai été sérieusement. »
[7] Au lieu de « réunion
politique » il y avait eu d’abord « réunion socialiste » (page
49).
[8] Passage supprimé par l’auteur –
en page 58 : K. vit seulement que sa blouse déboutonnée pendait tout
autour d’elle à partir de la ceinture, qu’un homme l’avait entraînée dans un
coin, près de la porte, et pressait contre sa poitrine celle de la femme qui
n’avait plus que sa chemise sur le haut du corps.
[9] Passage supprimé par l’auteur –
en page 72 : K. avait déjà essayé de saisir la main que la femme cherchait
visiblement, bien que craintivement, à lui tendre, quand les discours de
l’étudiant le rendirent soudain attentif. Cet étudiant était un bavard et un
fanfaron ; peut-être pourrait-on tirer de lui des détails sur l’accusation
qui avait été portée contre K. et une fois ces détails connus, K. n’aurait plus
qu’une chiquenaude à donner pour mettre fin, à la stupeur de tous, à cette
aventure judiciaire.
[10] Passage supprimé par l’auteur
– en page 108 : Il était même certain qu’il eût spontanément repoussé
cette proposition si elle avait été accompagnée d’une offre d’argent qui aurait
doublement blessé le bourreau, car la personne de K. devait être sacrée pour
les employés de la justice pendant toute la durée du procès.
[11] Passage supprimé par l’auteur
– en page 123 : Cet éloge laissa la jeune fille insensible ; elle
parut le rester encore lorsque l’oncle dit :
« Il se peut. Mais je
t’adresserai quand même une infirmière dès aujourd’hui s’il y a moyen. Si elle
ne fait pas l’affaire, rien ne t’empêchera de la congédier, mais fais-moi le
plaisir de l’essayer. Dans l’atmosphère et le silence où tu vis, on se sent
mourir.
– Ce n’est pas toujours aussi
calme, dit l’avocat. Je n’accepterai ton infirmière que si c’est nécessaire.
– C’est nécessaire », dit
l’oncle.
[12] Passage supprimé par l’auteur
– en page 131 : Le bureau, qui occupait presque toute la longueur de la
pièce, était placé près des fenêtres et disposé de telle sorte que l’avocat
tournait le dos à la porte et que le visiteur, devenant un intrus, devait
explorer toute la chambre avant d’apercevoir le visage du maître, à moins que
celui-ci n’eût l’amabilité de se tourner vers le nouveau venu.
[13] Passage supprimé par l’auteur
– en page 158 : Non, K. ne pouvait rien espérer pour lui-même d’une
publicité du procès. Ceux qui ne s’élèveraient pas en juges pour le condamner
aveuglément d’avance, chercheraient du moins à l’humilier maintenant que
c’était si facile.
[14] Passage supprimé par l’auteur
– en page 170 : Dans la pièce il faisait très noir ; les fenêtres
devaient être armées d’épais rideaux qui ne laissaient filtrer aucune lumière.
K. restait encore agité de sa course ; il fit machinalement quelques
longues enjambées. Ce ne fut qu’alors qu’il s’arrêta et s’aperçut qu’il ne
savait plus à quel endroit de la chambre il pouvait se trouver. En tout cas
l’avocat dormait encore ; on ne l’entendait pas respirer, car il avait
l’habitude de se recroqueviller tout entier dans le lit de plumes.
[15] Passage supprimé par l’auteur
– en page 227 : …, comme s’il attendait un signe de vie de l’accusé…
[16] Passage supprimé par l’auteur
– en page 228 : Vous ne me parlez pas franchement et vous ne l’avez jamais
fait. Vous n’avez donc pas à vous plaindre si, comme vous le dites du moins
vous êtes méconnu. Moi, qui suis franc, je n’ai pas peur qu’on me méconnaisse.
Vous vous êtes saisi de mon procès comme si j’étais entièrement libre, mais
maintenant j’éprouve presque l’impression que non seulement vous l’avez mal
conduit, mais que vous avez essayé de me le cacher sans jamais rien tenter de
sérieux, pour que je ne puisse pas m’en mêler et qu’un beau jour, je ne sais
où, le jugement soit prononcé en mon absence. Je ne dis pas que vous avez voulu
tout cela…
[17] Passage supprimé par l’auteur
– en page 234 : Il eût été extrêmement tentant de se moquer de Block. Leni
profita de la distraction de K., et, comme il lui tenait les mains, elle appuya
les coudes sur le dossier de sa chaise et se mit à le bercer comme dans un
rocking-chair ; K. n’y prêta pas attention ; il regardait Block qui
soulevait précautionneusement le bord du lit de plumes, pour trouver de toute
évidence les mains de l’avocat et pour les embrasser.
[18] Passage supprimé par l’auteur –
en page 244 : … et qui devait être, à première vue, si on ne savait de
quoi il était question, la façon dont retombe un jet d’eau.
[19] Passage supprimé par l’auteur
– en page 265 : Là-dessus, il resta court. Il lui venait à l’esprit qu’il
venait de parler et de juger d’une légende, et qu’il ignorait le texte d’où
cette légende était tirée, et ne savait pas davantage quelles étaient les
explications. Il avait été entraîné dans une suite d’idées complètement
inconnue. Cet abbé était-il quand même comme ses semblables ? Voulait-il
ne parler de l’affaire K. que par un système d’allusions, le séduire par là,
puis se taire ? Perdu dans ses pensées K. oubliait la lampe ; elle
commençait à fumer ; il ne s’en aperçut qu’au moment où la suie commença à
lui chatouiller le menton. Il essaya de baisser la mèche, mais alors la lampe
s’éteignit. Il resta là, il faisait complètement noir, il ne savait pas en que]
point de l’église il se trouvait. Comme il n’entendait rien, il demanda :
« Où es-tu ?
– Ici, répondit l’abbé en le
prenant par la main. Pourquoi as-tu laissé éteindre la lampe ? Viens, je
te mènerai à la sacristie, nous y trouverons de la lumière. »
K. fut heureux de pouvoir quitter
la cathédrale proprement dite ; cet espace démesuré dont l’œil
n’embrassait qu’un petit cercle, l’oppressait ; il avait à plusieurs
reprises, sachant la vanité de son effort, essayé de regarder les voûtes, il
n’avait vu que du noir accourir de partout. La main tenue, il se hâtait
derrière l’abbé.
À la sacristie brûlait une lampe,
encore plus petite que celle de K. Elle pendait si bas, en outre, qu’elle
n’éclairait à peu près que le sol de cet endroit qui était étroit, mais
probablement aussi haut que la cathédrale elle-même. « Comme il fait noir
partout ! » dit K. en se mettant la main sur les yeux, comme s’ils
lui avaient fait mal à force de chercher à se retrouver dans l’ombre.
[20] Passage supprimé par l’auteur
– en page 270 : Leurs sourcils avaient l’air postiches et ne cessaient de
tressauter indépendamment de la cadence du pas.
[21] Passage supprimé par l’auteur
– en page 272 : Ils arrivèrent à des rues qui montaient et où l’on
découvrait, tantôt près, tantôt loin, des sergents de ville arrêtés ou en train
de faire les cent pas. L’un d’entre eux, qui portait une moustache bouffante et
qui tenait la main sur la garde du sabre à lui confié par l’État, s’approcha
comme exprès de ce groupe qui n’était pas sans éveiller la suspicion.
« L’État m’offre son aide », dit K. à voix très basse, à l’oreille
d’un des messieurs. « Si je transportais le procès sur le plan des lois
organiques ? Qu’en diriez-vous ? Il pourrait peut-être se faire alors
que ce fût moi qui eusse à défendre ces messieurs contre l’État. »
[22] Texte primitif des dernières
phrases du paragraphe qui précède l’avant-dernier : Existait-il des
objections qu’on n’avait pas encore soulevées ? Certainement. La logique a
beau être inébranlable, elle ne résiste pas à un homme qui veut vivre. Où était
le juge ? Où était la Haute-Cour ? J’ai à parler. Je lève les mains.
(page 274)
[1] Remarque : ce fragment se
serait ajouté directement au chapitre VII du roman. Son début a été écrit sur
la page qui contient aussi une copie des dernières phrases du chapitre.
[2] Ce fragment aurait fait partie
du chapitre VI dans l’une des versions envisagées par Kafka.
Créer un site internet gratuit avec E-monsite.com
- Signaler un contenu illicite
- Voir d'autres sites dans la catégorie Théâtre
Videos Droles
- Clips musique
- Cours création de site web